[JOURNAL DE PRISONNIERS MANUSCRIT] [PRISON SAINTE-PÉLAGIE]

Touche-à-Tout. Revue drolatique, critique et littéraire. N°2.

Mardi 30 mai 1837.

Bifeuillet in-folio (410 x 250 mm), 4 pp., chemise cartonnée au monogramme CM et portant le n° 26 ; traces de plis, petites taches et pliures.

Fascinant témoignage sur la vie des prisonniers de la prison Sainte-Pélagie en 1837.

La première page contient la première partie d'un remarquable article intitulé De la peine de Mort, développant une argumentation abolitionniste fondée notamment sur la contestation du droit de la société à disposer de la vie de l'individu.
Rédigé en 1837 par un abonné, le texte s'inscrit dans l'intense réflexion contemporaine sur la peine capitale, quelques années après Le Dernier Jour d'un condamné (1829 ; importante préface de 1832) et Claude Gueux (1834) de Victor Hugo, et à la veille des débats parlementaires de 1838 suscités par les pétitions en faveur de son abolition.

"[...] vous ne pouvez avec justice m'ôter ce que vous ne m'avez pas donné, et ce que vous ne pouvez me rendre ; vous ne pouvez point m'ôter ce qui ne vous a pas été donné par vous seule. Bien plus, il ne vous est pas donné de détruire en pure perte quoi que ce soit, vous pouvez bien couper un arbre si vous pensez que son bois vous soit plus profitable que son fruit, vous pouvez tuer une bête, si sa peau ou sa chair peut vous être de quelqu'utilité, mais insensés que vous êtes, que ferez-vous de mon cadavre ? [...]"

La deuxième page est presque entièrement dédiée à un poème, Sainte-Pélagie, décrivant la vie dans la prison.
La troisième page contient la présentation humoristique du nouveau barbier de la prison. Un autre poème et une charade remplissent les bas de pages.

La dernière page contient diverses anecdotes sur la vie de la prison :
• Une soirée à Sainte Pélagie, décrivant une joute verbale théâtrale entre deux prisonniers depuis leurs cellules.
• Beaux-Arts : "Tout Paris a été admirer la magnifique édition de la Bible coloriée publiée chez Curmer rue Ste Anne. Nous avons parmi nous un jeune artiste, Monsieur Lepine, qui a bien voulu nous montrer quelques pages de son talent en ce genre, dont nos lecteurs pourront avoir une idée par l'en-tête de notre feuille. [...]
• Nouvelles diverses : sur la chatte d'un prisonnier et la mise en loterie de son gilet à boutons d'or, ou sur l’arnaque d’un prisonnier qui, sous prétexte d’un repas de fête sans cesse repoussé auquel il avait convié d’autres détenus, se faisait en retour inviter par ces derniers.

Un avis du gérant signé clos le journal, indiquant que pour l'abonnement il faut s'adresser à Mr Perron-Donnadieu, 2e étage, chambre 46 (ce dernier était détenu pour des affaires de faux, escroquerie et banqueroutes frauduleuses).

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