[GUERRE FRANCO-PRUSSIENNE] [ÉPISODE DES BOURBAKIS]

Vive La Suisse. Vive la République – 1871 – Souvenir de la Suisse.

[1871-1874].

In-8, broché.

Curieux manuscrit renfermant des textes rédigés par le Comité de la Société suisse d'utilité publique à l'intention des soldats du général Bourbaki recueillis en Suisse lors de leur débâcle.

La capitulation de Napoléon III en septembre 1870 entraîna la chute du Second Empire. Quelques jours plus tard, Paris fut assiégée par les troupes de Bismarck.
Une armée de province dirigée par le général Bourbaki fut levée dans l’espoir de repousser l’envahisseur mais elle subit une lourde défaite devant Héricourt en janvier 1871. Prise en tenaille au pied du Jura, coupée de tout ravitaillement et dépourvue de voie de repli, l’armée française se retrancha à Pontarlier, aux portes de la Suisse. Les Bourbakis obtinrent l’asile en Suisse après avoir déposé leurs armes à la frontière.

Ce manuscrit fut rédigé dans le contexte de l'internement en Suisse de l’armée du général Bourbaki le 1er février 1871, ultime rebondissement de la guerre franco-prussienne et jalon incontournable dans l’histoire de la neutralité suisse. Le passage de la frontière par plus de 87 000 soldats français en moins de 72 heures constitue le plus grand accueil de réfugiés jamais réalisé en Suisse. Cet épisode marque aussi une étape décisive dans le développement de la jeune Croix-Rouge suisse (CRS), fondée en 1866.

Ce manuscrit pacifiste présente aux Bourbakis les bienfaits d'un régime républicain en prenant l'exemple du modèle suisse.

La couverture porte le titre Vive La Suisse - Vive La République - 1871 et s'ouvre sur une page de titre calligraphiée Souvenir de la Suisse, avec en pied la mention Berne imp. Fischer, comme s'il s'agissait d'un ouvrage imprimé. Cette page de titre est agrémentée d'un poème sur la liberté signé L. V. Guénin.
Le manuscrit se poursuit par un poème intitulé La République, chantant la paix et la liberté, signé par le futur prix Nobel de la paix Elie Ducommun. Il est daté de Berne le 26 février 1871, date de signature du traité de paix qui mit un terme à la guerre franco-prussienne.
Se trouve ensuite un texte directement adressé aux Bourbakis, signé par le Comité de la Société d'utilité publique et daté de Thoune le 20 février 1871.
"Soldats de la République Française, au milieu des péripéties de la guerre désastreuse de votre pays avec l'Allemagne vous avez été refoulés sur le sol de la libre Helvétie" [...] Vous voyez maintenant par vous-même, comme la République existe et peut exister, simple et honnête, sans rois, ni princes, ni empereurs. Vous voyez que l'ordre y règne sans armée permanente. Vous voyez qu'avec la liberté complète de la presse et des croyances religieuses nous sommes heureux [...]. [...] Tandis que [...] vos pères travaillent à reconstruire la France [...] vous pourrez apprendre à connaitre les institutions libres du pays qui vous a reçu pour quelque temps. Étudiez-les afin que de retour dans vos foyers vous puissiez en appliquer l'un ou l'autre qui vous aura paru praticable chez vous [...] pour mieux apprécier [...] l'organisation Républicaine dont l'introduction en France est rendue inévitable par les circonstances dans lesquelles votre patrie se trouve actuellement engagée. Afin de faciliter cette étude, la Société d'utilité publique vous offre un aperçu simple et abrégé de notre organisation communale et de celle de l'Etat dans les cantons suisses".
S'en suit l'exposé suivant en quatre parties : I - Organisation des affaires communales en Suisse et spécialement dans le canton de Berne, II - L'Organisation de l'Etat dans les cantons suisses, III - L'Organisation de la Confédération Suisse et IV - La liberté et les droits garantis par la Constitution.
Il se clot sur la mention Dédié aux soldats français internés en Suisse, le 2 Février 1871, par le Commandant Bay, puis une reprise du poème signé L.V. Guenin.

Pourrait-il s'agir d'une copie d'un ouvrage faite par un Bourbaki pendant son séjour en Suisse ? Ce manuscrit fut selon toute vraisemblance copié par un certain M. Moreau, issu d'une famille de meuniers dans l'Yonne, comme en attestent deux ex-libris. Une note postérieure de sa main sur une garde porte la date de 1874.

Exceptionnel document sur l'épisode des Bourbakis témoignant de la solidarité suisse et de la mise en avant du modèle républicain.

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