[REVUE FÉMINISTE INÉDITE].


Yerri et Suzel. Revue littéraire mensuelle. Organe du Club.

Décembre 1919 (n°3), février, mars, avril et mai 1920.

Collection de 5 numéros in-8, 8 pp. chacun, en feuilles, une nouvelle hors-série de 12 pp., et un feuillet manuscrit sans doute destiné à un examen graphologique.

La revue amateure oubliée d'un club littéraire de jeunes filles féministes en 1920.

"Les femmes peuvent et doivent voter, Charley ! Elles combattront l'alcoolisme (ce que vous n'osez pas faire, vous les hommes !), amélioreront le sort des enfants, s'occuperont d'hygiène et du budget (qui tient la bourse dans le ménage ?). Nul besoin d'être politique, du bon sens suffit." Février 1920.

Une revue inconnue, entièrement autographiée, imprimée et composée de façon artisanale, décorée dans un style Art déco de roses et de quelques dessins de femmes chapeautées.
Elle est l'oeuvre d'une jeune fille exerçant sous le pseudonyme de Bijou, rédactrice en chef (au sens littéral du terme), résidant probablement à Bernay (Eure) ou dans les environs.

S'inspirant des revues littéraires et de mode en vogue à cette époque, les textes sont signés d'une trentaine de pseudonymes différents (Bijou, Sauvageonne, J.R., Charley (un homme), Chanteclerc (un homme), Pouffe, Fleur de feu, Gant de Velours, Mado, Djella, Thelma, Haroussia, Normande, Feu d'artifice, Etincelle du J. des D., Poulette rose, Mimosa, Daisy, Mini, Youyou, Pinsonnette, Toquette, Kif-Kif, Excelsior, Pauvre Liodaine, Cigogne d'Alsace), témoignant d'un certain succès pour une revue amateure. De plus, à la lecture des différentes rubriques, nous comprenons qu'elle était diffusée dans toute la France, notamment à Paris, en Normandie, Haute-Vienne ou Alsace, ainsi qu'à l'étranger.

Les pseudonymes utilisés ne nous laissent que peu d'indices sur l’identité des collaboratrices, mais elles devaient être pour la plupart issues de milieux aisés, comme le laisse sous-entendre la rubrique de graphologie tenue par une certaine Mademoiselle de Verdilhac, vivant au château de la Goutte-Bernard, Les Grands-Chézeaux, Haute-Vienne. Apparaissent également les noms de Mademoiselle A. de Saint-Henaux (?) ainsi que Mademoiselle B.S. de Beaupré.

La revue est structurée en différentes rubriques : romans-feuilletons, nouvelles, poésies, débats, courriers graphologiques, concours divers, ainsi qu'une boîte aux lettres où il est question de l'envoi d'articles à publier, de règlements de cotisations, petites annonces et correspondances entre membres.

Deux courants de pensée émergent à la lecture des textes, surtout dans les rubriques consacrées aux débats : un sentiment anti-allemand qui semble inévitable au sortir de la guerre (Yerri et Suzel étant deux enfants alsaciens symboles de victoire), et de nombreuses discussions féministes sur l'émancipation de la femme, sa place dans le ménage, des considérations sur le droit de vote et la politique, mais également sur des sujets plus légers comme le fait de fumer, porter les cheveux courts, danser le fox-trot, ou flirter.

Quelques extraits :

"La femme électeur est une diabolique invention destinée à former le caractère des maris ! ... Voulant remplir consciencieusement son rôle, la femme devra s'instruire de tout ce qui concerne la politique, n'est ce pas ? et pour se faire il lui faudra bien lire les journaux, assister à des conférences, à des réunions, etc... etc... c'est tout naturel ! ... Si pendant ce temps là le dîner brûle à la maison, ou même si l'on a tout à fait oublié de le faire cuire... ma foi, tant pis !"

"J'espère pourtant que vous ne partagez pas les idées de Molière sur l'éducation des femmes ? Quelle belle perspective pour nous de surveiller toute la journée le pot au feu en raccommodant une paire de chaussettes ! Mes illusions disparaissent complètement en lisant cet injuste moraliste. Que dirait-il s'il pouvait juger de près les femmes du XXème siècle ? Jupes courtes ! Cheveux coupés ! Cigarette aux lèvres ! pédalant sur leurs "dadas" d'acier ! Rien ne leur manque en effet... mais si ! la carte d'électeur. Allons donc ! Quelle sottise ! Mais voter ne serait-ce pas le comble de l'émancipation féminine !"

"Fumer, oh ! c'est une chose délicieuse, rendue encore meilleure parce qu'elle est presque défendue. Certes je n'approuve pas telle ou telle jeune fille qui fume au restaurant ou dans un lieu public par pur snobisme, ça lui fait supposer un genre qui n'est pas toujours bon en société. Mais je désapprouve complètement certaines personnes qui trouvent que fumer pour nous est une monstruosité. Et je forme des vœux pour que les jeunes filles puissent bientôt se permettre de griller une cigarette sans craindre des critiques de leur entourage."

"Les années ne font pas des sages, elles ne font que des vieillards - Sophie Swetchine".

Ces cinq numéros sont complétés par une nouvelle de 12 pages intitulée Monsieur le Neveu, de la collection Bibliothèque de Yerri et Suzel, autographiée et illustrée par Bijou la rédactrice en chef.

Exceptionnel témoignage que cette revue artisanale distribuée à petit nombre, nous plongeant au cœur des préoccupations politiques et intimes des jeunes filles françaises en 1920.

4 000

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